Nord-Ouest Argentin

 

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MENDOZA

26 avril 2007 - Arrivés par le bus de 11h, après 16 heures de route dans un bus "cama", les premières impressions de la ville sont très agréables. La ville est bâtie au pied de l'Aconcagua qui la domine de ses 6959 mètres (plus haut sommet du continent américain) et la longue marche jusqu'à l'hôtel nous fait traverser de petits parcs et longer des rues arborées. Encore une fois, et comme souvent en Argentine, les villes ne manquant pas d'espaces, tout est large et aéré.

Les villes argentines sont toutes construites sur le même modèle : un carré, quadrillé de rues qui se croisent à angle droit et qui portent le même nom d'un bout à l'autre, chaque pâté de maison fait environ 100 mètres entre deux rues et s'appelle une "cuadra". Les plans sont donc simplissimes et le repérage facile.

Lorsqu'on demande son chemin les indications sont toujours faites à partir de la notion de "cuadra" : "prendre deux cuadras à gauche, puis une cuadra à droite", par exemple ou bien, "c'est à 10 cuadras d'ici" (ce qui veut dire que ce n'est pas tout prêt !).

Pas beaucoup de bâtiments historiques dans cette ville, tout a été détruit lors du dernier tremblement de terre (fin 19ème), par contre c'est une ville universitaire, très vivante, avec boutiques, restaurants et internet à tous les coins de cuadra et assez peu touristique. Elle dispose en outre du parc San Martin qui occupe pas de loin de 400 hectares de nature (1/3 de la superficie de la ville) et où il fait bon se promener, faire du jogging, déjeuner au bord du lac, visiter l'épatant musée de sciences naturelles où l'on découvre les premières statuettes pré-colombienne ; bref un endroit très reposant tout près de l'agitation de la ville où les habitants aiment se retrouver pour une "parillada" (barbecue argentin). La campagne à la ville, quoi !

A noter, pour les ignorants (dont j'étais) que pré-colombien veut dire "avant Christophe Colomb" ce qui sous-entend que cela peut s'étendre sur une période allant de - 5000 avant JC, jusqu'à 1492... Et que les Incas n'étaient qu'une infime partie des différents peuples qui vécurent ici avant les conquistadors.!

 

 

 

Notre objectif immédiat, c'est San Augustin de la Valle Fertil. On n'y va pas comme ça, faut changer de bus à San Juan avec 4h d'attente pour la correspondance. Dans le bus de San Juan, moderne avec impériale, Jean se cogne durement la tête sur le compartiment à bagages au-dessus du siège, à l'occasion d'un cahot. Il va s'en ressentir pendant deux jours...

Petit arrêt au calme dans le parc de la place principale de San-Juan où nous pique-niquons façon clodo avec bouteille de bière dans un sac en papier, sous le regard surpris de plus d'un passant.

Le bus de l'après-midi, c'est une toute autre histoire : brinquebalant et bondé. Pas ou peu de touristes, ce sont essentiellement des locaux. Le bruit est terrible : une climatisation qui hurle sa détresse de ne plus climatiser depuis des siècles, des tôles qui vibrent et s'entrechoquent à chaque changement de vitesse et une chaleur de bête. On arrive pourtant à dormir ! 4h30 pour faire 250km ; c'est parfois du goudron, parfois de la piste, on se rapproche de la cordillere.

SAN-AUGUSTIN DE LA VALLE FERTIL -  28 avril 2007 -16h30

On est assaillis par des représentants d'agences de voyage du coin. On les éconduit, car notre préoccupation première c'est de déposer nos bagages à l'Hospedaje de Dona Martha. Une petite femme bien sympa dans une maison bien proprette qui tient plus de la "casa de familia" que de l'hospedaje.

Le soir, diner à la "Parillada de Zulma" (au coin de Tucuman et Santa fé) où on se goinfre notre première "parilla" depuis que nous sommes en Argentine (barbecue de table avec cotelettes géantes, saucisses, rognons, travers de porc accompagné d'un peu de salade et de quelques frites). Et c'est l'estomac lesté qu'on regagnera le logis de dona Martha.

Le lendemain matin nous nous baladons dans San Augustin à la recherche d'une agence pour acheter la visite du parc d'Ischtigualasto, qu'il est impossible de faire par ses propres moyens. C'est une curiosité géologique, classée patrimoine de l'humanité et on comprend bien qu'on ne peut pas laisser les touristes s'égayer dans ce site sans risque pour le lieu (voir l'état de l'acropole à Athènes). Dans la foulée, on fait un saut au terminal des bus pour réserver notre passage pour la Rioja, prochaine étape. Mauvaise surprise, les bus décolent à 3h du matin (beurk !) et ne circulent que le lundi, mercredi, vendredi et nous sommes dimanche. L'excursion étant prévue demain lundi., nous sommes donc coincés jusqu'à mercredi.

Qu'à cela ne tienne, on va visiter le coin vers un site de pétroglyphes. Arrivés sur place, pas d'indication, pas de panneau, on cherche dans les broussailles, on reprend les sentiers à l'envers, on se doute bien que cela doit se trouver sur une falaise, qu'on examine attentivement. Sur le point de renoncer, Jean les découvre enfin à 20 mètres au-dessus de nos têtes !

A peine plus loin, des mortiers taillés dans la roche, indiquent la présence certaine d'hommes ayant vécus là. Dans ce lieu désert, sans barrière ni gardien, on s'émerveille comme des gamins. Par la suite, on en verra tellement qu'on ne s'étonnera même plus.

 

 

 

 ISCHTIGUALASTO - 26 avril 2007 - 6h30 du matin.

Il fait froid en attendant le mini-bus qui doit nous emmener à Ischtigualasto. Le trajet de 75 km est rapidement fait grâce à une route toute neuve et goudronnée.
A mesure que le jour se lève, on découvre un paysage de plus en plus désertique. Bientôt apparaît l'entrée du parc et nous arrivons tout juste à nous insérer dans le convoi de 9h (la visite se fait en voiture tellement c'est vaste) dirigé par une guide-archéologue. On découvre, au cours des 43 km de la visite, des formes impressionnantes de roches, façonnées par l'érosion de la pluie et du vent. On apprend ainsi qu'il y a 250 millions d'années vivaient ici les grands sauriens et autres dinosaures. Leur règne dura 50 millions d'années (on est tout jeune, hein ?) Après leur extinction, sur la cause de laquelle on débat encore, la zone a continué de se combler de couches sédimentaires au hasard des mouvements de terrain jusqu'à -65 millions d'années où le choc des plaques tectoniques provoqua l'émergence de la cordillère.

De ce fait, le site est un des premier au monde quant à la valeur scientifique des fossiles qu'on y trouve.

 

 

A part les différentes formations géologiques originales, nous y avons vu deux "maras" en liberté qu'ils appellent ici des lièvres de Patagonie ; c'est gros comme un chien (voir photo ci-dessous de celui empaillé du musée de Mendoza). Et aussi d'étranges formation de roches en forme de boules qui sont en fait des nodules de magnésium qu'ordinairement on ne trouve qu'au fond des océans, ce qui prouve que la mer venait jusqu'ici, dues non pas à de l'érosion, mais à une sorte d'aimantation des matières métalliques contenues dans les sédiments. Il faut des milliers d'années pour en fabriquer.Et aussi, d'étranges vallées à sec que des rios millénaires parcourent encore au moment des pluies.

 

Le tout s'est terminé par la visite du musée, où de jeunes archéologues expliquent les procédés de fouilles et le principe des reconstitutions des fossiles.

 

On a retrouvé ici le plus ancien dinosaure du monde, il s'appelle l'éociraptor, il mesure 1m de haut pour 90 cm de long, petit mais aussi féroce que le T-Rex !

 

 

On en a pris plein les yeux...et ce ne sera pas la dernière fois !

Le soir venu, fallut bien se restaurer. On avise un estaminet dont le décor nous plait bien. Petites tables joliment décorées de nappes colorées, murs peints à la chaux, bref on s'installe. On commande l'apéro. Pour moi un verre de vin blanc et pour Jean un coca car la migraine le terrasse à nouveau. Je fais la grimace, le vin est bouchonné. On ne dit rien, erreur !! Ensuite une grosse femme en t-shirt douteux vient prendre la commande. Notre espagnol ânonné est rapidement interrompu par une sonnerie de téléphone portable. La grosse serveuse dégaine , puis sa conversation terminée nous annonce qu'elle ne dispose que de deux plats de viande (contrairement aux multiples choix de la carte), de la milanesa  et du poulet. La milanesa est dans ce pays le plat économique par excellence, c'est une fine tranche de viande panée servi avec des frites. Quant au poulet annoncé, c'est une fine tranche de blanc de poulet panée servi avec des frites molles et grasses, autant dire blanc-bonnets et bonnets-blancs. On paye très cher pour le pays, 65 pesos (1 pesos = 0,25 euros), pour avoir très mal mangé. On ne peut pas gagner à tous les coups !

Mercredi 2 mai - 1h30 du matin

On piétine dans le froid, encore endormis, en attendant le bus. Échangeons quelques mots en espagnol, puis en anglais avec un jeune couple de...québécois Marie-Eve et Dominic! Nous échangeons encore quelques mots, en français cette fois, avant d'embarquer. A la Rioja, on a vite fait de trouver le guichet qui nous mènera à Tafi del Valle, porte des vallées calchaquis. On commence à bien comprendre le fonctionnement des terminaux de bus !. Il est 7h et les bureaux n'ouvrent qu'à 8h30. On se retrouve donc à trois couples devant le guichet et faisons plus ample connaissance. En plus de nos deux canadiens, se trouvent là Bertrand (Belge) et Silvia (colombienne) vivant tout les deux de l'architecture à... Paris (vive les voyages !). En fait, les canadiens vont à Tucuman où ils prendront un autre bus pour les chutes d'Iguazu (26 heures de route, les courageux) quant à Bertrand et Silvia, ils vont à Tafi, comme nous.

LA RIOJA -  8h30, le guichet ouvre.

La préposée nous délivre à chacun nos billets. 2 par personne pour aller à Tafi et 3 par personne pour aller à Tucuman. On s'interroge, on l'interroge ;

Nous : "pourquoi plusieurs billets pour un seul trajet"

Elle   : "parce qu'il y a une correspondance en cours de route"

Nous : "ah bon, alors on va changer de bus, alors ?"

Elle   : "non, non, c'est juste le bus qui change de route"

Nous, pas très sûrs d'avoir compris : "il faut descendre du bus, quand il s'arrête ?"

Elle, harassée : "il y a un billet pour la première route et un deuxième pour la seconde route, vous qui allez à Tafi, vous restez dans le bus jusqu'à la fin, ceux qui vont à Tucuman devront changer de bus, mais pour la troisième route, d'où leur troisième billet, c'est simple, non ?"

Et elle précise : "à la doce en punto " (à douze heures tapantes).

Nous sommes donc là à 11h45, comme de bons petits soldats. Le bus arrive, des gens en descendent mais personne ne remonte. Quinze, trente, quarante-cinq minutes plus tard, le bus tourne toujours au ralenti, mais personne n'est invité à monter dedans. Silvia, qui par sa qualité de colombienne parle bien l'espagnol part se renseigner.

"C'est un problème de papiers (?) mais le bus va partir". On attend.

Vers 13h15, certains passagers vont se faire rembourser au guichet en râlant. Le prochain départ avec une autre compagnie est à 14h. Il faut se décider; on y va, l'un fait la queue pour le remboursement, l'autre fait la queue pour acheter un nouveau passage.

"Il parait qu'il va partir". On arrête la queue.

Tout à coup on voit partir le bus, vide ! Pas tout à fait car un policier se tient fièrement debout, à l'avant . Ils viennent de réquisitionner le bus qui n'est pas en règle. On reprend les deux queues.

Finalement, d'ordre en contre-ordre, on partira pour...Tucuman avec nos québecois. C'est pas terrible, mais ça rapproche !

Tucuman Hostel, que nous avons choisi est loin, très loin du terminal des bus. Il faut faire le long chemin de nuit, crevés car la nuit fût plus que courte. Sans faire trop attention nous avions réservé dans une auberge de jeunesse de la chaîne "Youth Hostelling". On se retrouve dans un dortoir à 6 couchettes (dont trois superposées), au ras de la rue très passante. Mais pour 6 routards exténués, ça ira bien.

A noter que nous ne l'étions pas assez pour se passer de diner. De gauche à droite : Silvia la Colombienne, Bertrand le Belge, Martine et Jean, Dominic et Marie-Eve Québécois. Ce fût une soirée mémorable.

TAFI DEL VALLE

Le lendemain, debout de bonne heure, tout le monde s'affaire. Nous partons en laissant nos amis Québécois, direction Tafi del Valle. Le paysage est formidable. Dès la sortie de la ville, nous traversons une immense plaine tapissée de champs de canne à sucre. Il y en a à perte de vue. Une rapide montée à 3.000m sur une petite route qui serpente dans une forêt touffue et quasi tropicale, puis de l'autre côté du col, la forêt laisse brutalement le terrain  à une savane faite d'épineux et de petits Algarrobo (l'arbre endémique d'ici, en France, on l'appelle caroubier). On redescend jusqu'à 2000 m et Tafi arrive rapidement au milieu d'un plateau entouré de montagnes où circule paresseusement un rio qui alimente un lac d'un bleu d'acier. Et on s'installe tranquillement chez Célia, l'hospedaje réservée pour quelques jours.

 

Le midi, nous dégustons les spécialités du coin chez Pepo : Tamales sorte de pain de semoule de maïs fourré à la viande de porc et cuit à la vapeur enrobé dans une feuille de maïs, ou le locro, soupe épaisse à base de quinoa (farineux minuscules des Andes au goût légèrement fumé) de légumes et de rondelles de chorizo.

 

 

Le soir, dîner très agréable en compagnie de Silvia et Bertrand, que nous sommes très contents d'avoir rencontré.

TAFI le 4 mai 2007

Départ pour El Mollar (sic !) - site de pierres dressées appelées "los Menhires". Après les courses de fromages locaux et de jambon cru des "fincas" environnantes, nous voilà partis tous les quatre le long d'un torrent vers ce lac bleu dur qu'on aperçoit au loin, El Mollar est à l'opposé de Tafi et la marche sera longue. Nous sommes sur un plateau environné de montagnes d'un gris d'acier, seuls au monde dans un décor subtil d'ocre de bleu et de lumière immobile.  Quelques chevaux en liberté s'égaillent au loin à notre approche, tandis qu'un cavalier sur l'autre rive nous salue en nous souhaitant la bienvenue. Tout est paisible et serein...

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Nous arrivons fourbus à El Mollar. C'est un peu décevant, car ces pierres dressées, qu'on a retrouvées un peu partout dans la région, ont été installées arbitrairement dans un champs clôturé et tout ça manque un peu de magie. Entre autre curiosités, certaines pierres dressées sont sculptées, d'autre taillées pour faciliter l'accouchement des femmes (!).

Retour par la même chemin, nous arrivons à Tafi exténués après 30 km de marche (heureusement c'est surtout du plat), et nous croisons quelques gauchos ; ici on circule autant à cheval qu'en voiture et ce n'est pas du tout pour les touristes, c'est comme ça qu'ils vivent, on a l'impression de remonter le temps.

 

AMAICHA DEL VALLE et le site de QUILMES

le 5 mai - 8h30 départ pour Amaïcha del Valle. Nous changeons de vallée et passons le col de l'infernillo (petit enfer) à 3.047 m. Sans dommage, pas de "soroche", ce mal des montagnes qui peut être dangereux si le corps n'est pas habitué à l'altitude. Le paysage est sublime ; ces hautes montagnes arides entourant des plateaux à 2.000 m qui devient quasi désertique au fur et a mesure de la montée nous impressionne beaucoup. Il est à noter que depuis le départ, nous n'avons pas eu un seul jour de ciel couvert...

Amaïcha se trouve au centre d'une petite oasis et nous tombons en pleine préparation d'une fête folklorique, costume, musique, etc... De ce fait le point I est fermé. On nous indique néanmoins un petit hotel sur la place centrale, "l'Apacheta". Les chambres sont propres et chauffées, la patronne volubile et sympa, le prix très doux, bref on est aux pommes. Quelques achats pour le pique-nique et nous voilà partis sur un chemin qui contourne largement le village. On y trouvera une vierge immense en bois sculptée par un allemand - Ludwig Schumarer - et qui représente la sainte en train de se faire enfanter par le Saint-Esprit (si, si).

 

 

 

 

 

Nous montons un raidillon (aie, le souffle) qui nous amène sur un plateau, d'où on surplombe le village.

Ce qui nous amène au musée de la Pachamama. La Pachamama, c'est la terre mère, la déesse toute puissante, survivance des cultes indiens que 500 ans de christianisme n'a pas réussi à éradiquer. Elle se fête toujours chaque année à Amaïcha, c'est un culte très vivace et ce musée, construit par un céramiste allumé, reprend les thèmes chers aux indiens : la terre, le soleil, l'eau. C'est un lieu extraordinaire fait de bâtiments décorés, de patios, de petits parcs, le tout réalisé dans un style inspiré par le site historique de Quilmes.

 

L'intérieur des bâtiments recelle des musées paléontologique,  ethnologique, et surtout l'exposition de tissages, sculptures, peintures, réalisées par le maître des lieu ; Erman Cruze. Endroit irréel où l'on se plait à errer et à rêver .

Retour tranquille à l'hôtel. Avec Doudou, nous réservons une table dans un petit bar rustique "l'Esquina". La soirée démarre cool, le patron vient prendre la commande et nous met un vieux vinyle de Julio Iglésias avant de s'éclipser. Puis petit à petit, le bar se rempli. Arrive un couple d'une soixantaine, avec tambourin et guitare, qui visiblement sort d'une répèt' et un petit bonhomme à casquette qu'on reconnaît comme étant le chauffeur du "remis" (sorte de taxi privé) que nous avons loué pour le lendemain pour visiter Quilmès. D'autres couples arrivent, jeunes, moins jeunes et la guitare commence à circuler. Manolo (notre chauffeur de taxi) l'empoigne et nous avons droit à tout un répertoire de chansons anciennes, reprises en coeur par l'assemblée et chantées par la voix superbe de Manolo tandis que Petenitche, le patron de l'Esquina mimait avec force gestes et mouvements des épaules le sens des paroles, sans quitter pour autant son anachronique chapeau tyrolien rouge ! Soirée mémorable !!

 

Amaïcha - 6 mai 2007

Dès 9h, notre Manolo - chanteur, guitariste, chauffeur - est là comme convenu, pour nous emmener aux ruines de Quilmes. Arrivés là, nous sommes envoûtés par  l'histoire et le lieu ; cependant que Manolo, entendant quelques notes de musique, récupère une guitare et indifférent à la beauté du lieu, se met à faire un boeuf avec ses potes. !

Les indiens Quilmes avaient établi ce village fortifié depuis bien longtemps. Ils avaient même réussi à décourager les Incas qui, au moment de la conquête de la région, avaient laissé de côté cette vallée,faute de mieux. Lorsqu'arrivèrent les premiers conquistadors, leur volonté d'indépendance est intacte. Ils vont résister 130 ans, avec seulement des armes de pierres rudimentaires face à la force de feu des espagnols. Leur cité construite entre trois crêtes qui les protégeaient du Nord, Sud et Ouest pouvait vivre en autarcie très longtemps. L'eau arrivait des sommets imprenables, des silos permettaient de conserver le grain, et les lamas domestiqués leur fournissait la viande nécessaire qui était salée ou fumée. Sous un climat aussi dénué d'humidité, la viande (comme les morts) se conservait très bien. A la fin, lorsqu'indéniablement les espagnols furent les plus forts, les femmes et leurs enfants se jetaient du haut du poste de garde (photo centrale) plutôt que de tomber entre les mains des conquérants.

Néanmoins, 2000 indiens Quilmès furent capturés et déportés vers Buenos-Aires, à 2.000 km de là, seuls 200 arrivèrent en vie pour finir rapidement dans les travaux épuisants de construction de la ville.....

Nous en redescendrons émus et ce souvenir va nous hanter longtemps...

Nous serons salués en partant par quelques lamas qui déambulent dans les ruines, comme les mannes des esprits défunts....

Cafayate - 7 mai 2007.

Partis d'Amaïcha en milieu d'après-midi, nous sommes arrivés à Cafayate dans la soirée.

C'est une journée de transition qui commence par une grosse lessive.... Nous avons accepté l'offre d'un gus au terminal, qui nous suggérait l'auberge de jeunesse du coin, où nous serions susceptibles de trouver des chambres doubles à bon prix.  Une fois de plus, la chaîne "Youth Hostelling International" semble devenue un concept friqué pour routards bobos. Nous en profiterons néanmoins pour remettre la garde robe au propre pour les prochains quinze jours. et faire quelques courses de premières nécessités. A la fin de la matinée, on s'embarque pour une tournée des bodegas par le rio colorado. En chemin, pique-nique au milieu des pierres de granit et des vestiges antiques (mortiers, etc...).

 

Sous la houlette de Tania, on déguste un merveilleux Torrontes, vin blanc réputé de Cafayate et c'est au milieu des vignes et des montagnes que nous redescendrons tous guillerets vers la ville.

Le lendemain, ,nous prévoyons de découvrir la quebrada de las Conchas à vélo....Bonne nuit !

QUEBRADA DE LAS CONCHAS - 8 mai 2007 - 8h du matin.

Les quebradas sont des gorges façonnées à la fois par le passage des rios et par l'attaque du vent sur les roches plus ou moins tendres, formant des ensembles de collines aux harmonies de couleurs et à la découpe fascinantes.

La partie la plus intéressante de la quebrada se situe sur les 50 premiers km qui vont de Cafayate à Salta. Pour nous, ce matin là, le but de la manoeuvre c'est d'aller récupérer les vélos loués (à condition que le loueur soit là), de filer au terminal des bus, de charger nos vélos dans la soute et de se faire débarquer au KM 50 et de revenir vers Cafayate en prenant son temps. Nos deux jeunes, eux, ont l'intention de faire l'intégralité du chemin à deux roues, donc on se sépare devant le bus avec rendez-vous pris pour déjeuner, et nous voilà tous partis.

KM 50, le bus s'arrête, décharge les vélos et la ballade commence... Par la Garganta Del diablo (la gorge du diable) où quelques tags gâchent un peu l'effet, mais nul doute que c'est grandiose. 2km plus loin, c'est "l'Anfiteatro", immense saignée verticale dans la falaise. Là la pierre est vierge. Nous avançons en nous tordant les pieds dans la caillasse, nos vélos laissés à l'entrée. Dès l'entrée du gouffre une voie chante à capella, une guitare s'accorde. Nous restons saisis par la beauté de la voix et la qualité de l'acoustique. Quelle émotion ce doit être que de chanter là ! Les minutes s'égrènent et il faut vraiment se secouer pour continuer notre chemin . Encore 48km de montées et de descentes ! 

Nous poursuivons notre voyage, émerveillés, abasourdis de tant de beauté ; le col des Tres Cruces et sa vue imprenable sur la vallée, les falaises le long de la route déserte, etc...

La route, monte et descend, le spectacle est tellement impressionnant qu'on oublie la fatigue.

Même qu'on se retrouve avec nos potes et....qu'on crève quelques kilomètres plus loin, par deux fois !

Les mots manquent pour qualifier ce qu'on voit, on fait dans le dithyrambe, l'hyperbole et le panégyrique, bref on est dans l'excès !

Nous nous arrêterons souvent pour prendre des photos, comme on peut le constater et c'est en fin d'après-midi que nous sortons de la quebrada. Il reste une dizaine de km sur une interminable ligne droite toute en faux plats.  .

Je mets de plus en plus de temps à rattraper le peloton. Il est à constater que les traînards ne se reposent jamais ; lorsqu'ils rejoignent ceux qui attendent, tout le monde repart aussi sec. Je tire la jambe et la langue. Bientôt, Jean et le deux jeunes creusent l'écart et je fini par les perdre de vue. Je roule tellement lentement que je n'effraye même pas un renard en train de chasser...

Jean se rend compte que je suis exténuée et il décide de rester près de moi . Il s'efforce de m'encourager en roulant au même rythme (?) que moi bien que cela doive lui couper les jambes. Il restera jusqu'au bout des derniers km tantôt marchant, tantôt roulant. On jettera nos dernières forces, dans un sursaut d'orgueil, pour parcourir les derniers mètres qui nous séparent du loueur de vélo. On s'est achevés avec un litre de bière à la terrasse du plus proche café !!

 

SALTA le 9 mai 2007

9h00 - Départ pour Salta. C'est le même bus que la veille, mais cette fois, on ne s'arrête pas en route. On refait le parcours avec émotion et confortablement assis. La quebrada de las Conchas se poursuit longuement toujours aussi belle. Peu à peu le paysage change, devient vert et ce sont des champs de tabac à perte de vue.

Arrivés à Salta en milieu de journée, nous sommes tous crevés de l'équipée de la veille, même pour s'asseoir c'est un peu pénible. Et c'est un après-midi bien tranquille que nous passerons.

Dernier dîner dans un bon restaurant avec Bertrand et Silvia. Ils ont décidés de partir demain vers le nord, nous, nous souhaitons prendre une journée de repos à visiter Salta la Linda (Salta la belle). On y découvrira le froid, aussi...

10 mai - Flannerie dans Salta, qui n'est pas si "linda" que çà. Il faut s'arrêter tout de même au marché couvert où l'on retrouve des étalages pleins de fruits et légumes variées (qu'on ne voit pas dans la région de Buenos-Aires), avec en plus la gentillesse des commerçants et les assiettes bien garnies des gargotes ou grouille une foule de vendeurs, de musiciens et de quêteurs en tout genre.

On ne trouvera pas beaucoup de vestiges coloniaux et il est agaçant de constater que souvent seuls les édifices religieux bénéficient d'une remise en état du patrimoine, et souvent à grands frais.

PURMAMARCA ET LE CERRO DE LAS SIETE COLORES

Debout 5h45 ! Nous prenons le bus pour Jujuy (prononcez "rourouille", on a eu du mal à s'y faire !). 9h10 arrivée Jujuy, le bus pour Purmamarca part à 10h, tout s'arrange au poil !

11h15. Purmamarca : porte sud de la quebrada d'Humahuaca. C'est une quebrada multicolore, un tout petit village en adobe et notre premier marché artisanal. Nous trouvons une chambre rigolote dans un camping avec un grillage à la fenêtre, pas de chauffage et trois lits et dont le toit n'est pas sans rappeler ceux des huttes africaines (charpente en bambou et terre mélangée à la paille par dessus). Faisons quelques emplettes à l'épicerie locale et hop ! on casse-croûte sur la place du village au beau milieu du marché.

 

L'après-midi sera consacré à la promenade autour du village et dans la quebrada ; fantastique. Ici ce sont les différentes couches sédimentaires, faite chacune d'une couleur différente qui en fait tout l'attrait. Comme à Cafayate, les montagnes sont impressionnantes et les gorges étroites, mais la couleur offre une dimension supplémentaire ! Comment trouver les mots ; il n'est même pas sûr que les photos ou les films arrivent à reproduire fidèlement ce que nous voyons.

En fin d'après-midi, nous redescendons vers le village qui a très peu de choses à offrir. Magasins, artisanat, bistrots ferment après le départ du dernier car de touristes. Et les deux restaurants locaux ne servent qu'à partir de 20h. Sachant qu'en cette saison dès que le soleil se cache derrière les montagnes, la température chute de 10 bons degrés et que les chambres ne sont pas chauffées. Qu'est-ce qu'on fait entre 17 et 20h ? Retour dans notre bungalow mal éclairé, sous les couvertures, pour attendre.

TILCARA

12 mai 2007 - juste une demie-heure de route et nous voici à Tilcara, seconde étape de la Quebrada d'Humahuaca. Au terminal des bus, surprise, on retrouve Bertrand et Silvia qui redescendent sur Buenos. Retrouvailles enthousiastes, nous allons passer une bonne journée encore avec eux. Tilcara ressemble beaucoup à Purpamarca. Ce sont, là aussi, des ruelles en terre battue, des maisons en adobe et les montagnes autour comme des sentinelles bienveillantes. On déjeune sur la place du village (pour 5 pesos chacun, 1.20 euros) et nous voilà partis pour la curiosité du coin : La Pucara.

Une Pucara, c'est une forteresse en quechua. Sur les hauteurs du village, s'élève un site archéologique qui n'a été mis à jour que dans les années 1930. Ces ruines ont été restaurées par des architectes-historiens qui, d'après les puristes, manquaient peut-être de rigueur archéologique. Mais pour les profanes, je dois dire de cette reconstitution a au moins le mérite de nous faire comprendre le fonctionnement de ce pueblo-forteresse et que le résultat a de la gueule ! Sauf le monument au sommet du site, qui a été élevé à la mémoire des deux inventeurs du site (De Benedetti et Casanova). Ces braves gens sont ensevelis dans une mauvaise copie de pyramide inca !

 

 

 

On part visiter le musée archéologique de la ville : une petite merveille grâce aux nombreuses poteries, outils, squelettes momifiés retrouvés lors des fouilles de la Pucara par nos deux italiens. Par contre, comme dans beaucoup de musées de ce genre, il est très difficile de savoir l'âge des objets. Pourquoi ? Parce que la datation au carbone 14 coûte très chère...

13 mai 2007 - Lever tôt pour aller jusqu'à la "Garganta del Diablo". Quatre heures de crapahutage sur des chemins de chèvres dans des paysages dantestes. La gorge est profonde, les pics acérés, les a-pics vertigineux et le bruit du torrent, tout en bas, omniprésent. Le chemin est difficile, ça monte dur et l'altitude nous essouffle rapidement, mais le paysage est tellement époustouflant qu'on en redemande. La lumière déclinante de l'après-midi rendant les choses moins belles, on se résout à redescendre. A regret. En 4 heures, nous n'avons croisé qu'un chat, égaré sans doute.

On déjeune, tardivement, dans un bar ethnique, où les normes d'hygiène et de sécurité européennes sont à des années lumières.... Mais c'était très bon !!

Retour au terminal des bus, on s'en va un peu plus loin.

 

 

 

HUMAHUACA le 13 mai 2007. 2.700 m d'altitude.

Dernière étape de la quebrada du même nom.

Là, déception, l'hôtel où nous comptions descendre est....fermé. Bon d'accord, on n'avait pas réservé.

Jean me laisse dans le hall de l'hôtel cerrado avec les bagages et le voilà parti à la recherche d'une solution de rechange où il se débat entre les hôtels hors de prix et les puciers. Entre les deux . rien. Après beaucoup d'hésitation, nous choisissons "El Portillo". Nous sommes dans la couleur locale : chambre non chauffée (mais muni d'un poêle à bois hors service), murs en adobe recouverts de tissages indiens, plafond en bambou et salle de bain arctique ! Le dîner au même endroit, se fera les fesses sur des peaux de mouton et la table garnie de spécialités locales, plus vin au pichet, faut bien se réchauffer !!

On ne s'attarde pas dans ce village, où il n'y a pas grand chose ni à faire, ni à voir. Et puis la Bolivie toute proche agit sur nous comme un aimant..

YAVI - 14 mai 2007 - 3.000 m d'altitude.

En compulsant nos documentations la veille au soir, on avait repéré un village près de la Quiaca à la frontière dont  la description nous avait séduit. Allez, on se fait une étape supplémentaire en Argentine.

Lever de bonne heure encore. Le bus pour la Quiaca est à 8h30. On part directement pour le terminal d'humahuaca car à cette heure-ci, personne n'est là pour le petit déj'. Partir dans le froid sans seulement un bol de café dans le ventre, dur, dur ! En attendant le bus, on voit des femmes s'installer en criant "hay café, café" ou "hay sandwich" ; tout s'arrange !

Arrivés à la Quiaca, on se renseigne pour savoir comment aller à Yavi. On sait déjà que les bus n'y vont pas, mais comme on se doute que les villageois n'ont pas tous une voiture, il doit donc y avoir un moyen de transport en commun. C'est simple ; celui qui a réussi (un jour, car elles ne sont pas toutes neuves) à s'acheter une voiture, s'improvise "taxi compartido" (à partager). Et comme ils sont quand même assez nombreux, le va et vient entre Yavi et la Quiaca (15km) ne cesse pas avant tard dans la soirée. La route qui mène à Yavi est superbe et déserte, c'est un gigantesque plateau où l'on croise des lamas et des vigognes qui se promènent paisiblement dans ce décor grandiose.

 

Yavi  - pueblo indien de 200 habitants - 10h du matin. On pénètre dans le village par une piste toute droite. De chaque côté de la rue en terre, une rangée de maisons en adobe à toit plat, quelques enfants courent devant une flaque d'eau gelée, le ciel est bleu d'acier comme souvent à ces altitudes. Tout est calme et paisible. La Posada qui nous accueille est déserte, pas de client, juste un homme corpulent, très brun et l'oeil dans le vague qui nous indiquera la chambre d'un geste nonchalant et nous laissera en plan avec désinvolture. Nous sommes hors saison et on est bien contents d'avoir trouvé une chambre, même si le confort est rudimentaire.

Pour manger au même endroit, nada, on se propulse dans le village à la recherche d'un casse-croute. Une femme nous interpelle de la cour d'un hôtel fermé et nous dit qu'on peut manger ici, si on veut.

On sera les seuls dans la salle du restau et on se goinfrera d'un filet de boeuf-patates sautées, arrosé d'un bon coup de rouge et servis par deux petites serveuses indiennes souriantes et attentionnées.

Promenade digestive à Yavi-chico, 5km à pied par 4.000m ; je souffle comme une otarie pendant que nous nous faisons doubler par deux nénettes au pas gaillard et qui nous distancent rapidement, encore une fois dans un décor qu'on ne voit que dans les western !

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Au retour, nous visitons l'église locale et là, stupeur : le retable en bois est entièrement recouvert d'or, ainsi que le perchoir et l'autel de la chapelle. Autant de richesse pour un si petit village à de quoi étonner. En grattant un peu, on apprend que le village a été un peu plus prospère et surtout qu'il était sur la route des transports d'or inca qui partait pour l'Espagne et l'église se servait au passage... On apprendra aussi que pour satisfaire leur voracité, les espagnols n'ont pas hésité a fondre à tour de bras tout ce qui leur tombait sous la main, objets d'art, objet de culte, bijoux, parures, etc... Résultat, à part quelques poteries, un grosse partie du patrimoine culturel de cette civilisation a disparue. Au sortir de l'église, on visitera le palais du seul Marquisat d'Amérique Latine, décreté par le roi d'Espagne à la fin du XVIIe siècle. Il se maintiendra jusqu'aux guerres d'indépendance.

A la sortie une guide, Marisol, nous propose d'aller voir les peintures rupestres des environs. Un rapide échange de regards et nous acceptons. Marisol s'avèrera être une jeune femme adorable, qui nous parlera autant de la préhistoire du lieu que de ses filles et de son pueblo qu'elle connait bien. Ne pas hésiter à la contacter pour visiter le coin, elle fait ça avec beaucoup d'enthousiasme et on donne ce qu'on veut ! On peut la joindre 15 jours à l'avance à : Marisol_12_29@hotmail.com où...la demander à l'épicerie locale en arrivant.

Le soir, fourbus, nous dînerons d'une assiette de spaghettis à la tomate, sans pain (la farine a augmentée, soi-disant) et d'un verre de vin dans notre Posada rustique et au lit.

Comme prévu, le taxi commun vient nous chercher à 8h30 tapantes. Sur le comptoir du bar, un vrai foutoir : des feuilles de coca et une poudre blanche suspecte... Ca ne pouvait pas être de la farine, non ?

Arrivés à la Quiaca, nous passerons la frontière sans soucis, contrairement à ce qu'on nous avait dit. Nous sommes en Bolivie, mais ceci est une autre histoire

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