Vers Chiloe

 

PrécédentHaut

 

GOLFE DE PENAS - PUERTO MONTT

8 avril 2008  Entrée du Golfe de Penas.

Le Golfe des peines, le cimetière à bateaux comme l'appelle les locaux. C'est le golfe de Gascogne en pire. Vu sa configuration géographique qui à la forme d'une main à demi ouverte sur l'ouest, la houle et les courants apportés par les vents dominants peuvent y être très dangereux en rabattant les embarcations vers la côte est. On ne traverse pas cet endroit sans précautions. 90 milles à faire pour sortir de ce piège à vents.

La météo nous donne 4-5 jours de sud-ouest autour de 20 noeuds. Ce n'est pas une petite brise, mais cela devrait faire notre affaire. De plus, on se dit que si le temps se maintient, nous pourrions peut-être gagner Chiloé par l'océan, ce qui nous ferait gagner les 3 semaines nécessaires pour traverser l'archipel des Chonos, canaux au nord de Penas. On verra que rien n'est jamais gagné.

On ressort donc du Lamento del Indio. La fin du canal Messier est un lac, pas de vent. Nous n'avons pas fait 500m que le moteur tousse et s'arrête...

J'ai à nouveau le coeur à 150, ici sans moteur c'est la fin.

Jean se précipite, ouvre le compartiment moteur et diagnostique une panne de l'électrovanne qui empêche, à l'arrêt,  le fuel du réservoir en charge de redescendre dans le principal. La panne est bénigne, Jean court-circuite l'engin, on remet en route. Heureusement qu'il n'y avait pas de vent pour nous faire dériver pendant la réparation.

A la sortie du canal Baker, clapot et vent (ça vous étonne ?). On hisse la grand'voile à deux ris, le foc idem,  on démarre au près serré. On dit au revoir au Phare de San Pedro et on entre dans Penas.

Une heure plus tard, un grain nous tombe dessus, on prend un ris supplémentaire sous les rafales et la pluie. Toute la journée et toute la nuit les grains vont se succéder, nous laissant à chaque fois échevelés et le bateau en vrac. Ces grains déchaînent des vents d'une incroyable brutalité avec averses de pluie et souvent de grêle.

A 20h30, il fait déjà nuit depuis 2h, nous écoutons attentivement la météo chilienne et consternation : ils annoncent un N-O de 20 à 30 noeuds pour les 12 prochaines heures, contredisant toutes les prévisions que nous avions collectées par ailleurs.

Pur moment d'angoisse. Que Faire ? Ce vent, de pleine face, nous empêcherait d'avancer et pas question de se mettre à la cape dans ce cul de sac. De plus, avec cette houle de S-O, un fort vent de N-O allait rendre la mer très dangereuse. A ce moment nous sommes sous la péninsule des Tres Montes que nous envisageons de contourner par l'est pour aller nous abriter dans un mouillage d'attente. Mais la difficulté d'y parvenir de nuit, sans phare et sans carte de grand détail nous dissuade. Le Jonathan commence à incurver sa route vers l'ouest pour mettre du champ entre lui et la côte. Pendant que Jean, sceptique, refait une demande de champs de vents à la météo US. Il nous faut 2h pour l'obtenir. Compte tenu des cartes météo reçues par fax sur le PC du bord hier soir, on décide de continuer notre route, une bascule de vent dans ces conditions étant difficilement explicable. Nous ne sommes quand même pas trop sûrs de nous et à 22h30, en recevant les prévisions US qui continuent d'annoncer du SUD sur plusieurs jours, on pousse un grand ouf. On rassure nos potes par VHF et leur disons de re-faire route vers le Nord. Les Chiliens avaient tord,  mais cela a rajouté de l'angoisse aux conditions de nav déjà pas faciles. Je continue de les maudire !

 

Jusqu'au phare Raper, atteint à 3h du matin, nous allons batailler dur. Avant chaque grain le vent est celui annoncé, modéré ; sous le grain c'est l'enfer, le vent monte très rapidement en changeant parfois de direction. Le grain passé, le vent s'effondre comme si le grain aspirait tout, nous laissant bouchonner dans un gros clapot. Il faut manoeuvrer sans arrêt pour faire porter les voiles ce qui devient vite épuisant.

Jusqu'à Raper nous naviguions travers-bon plein, après Raper, notre course s'incurvant N-E, nous nous retrouvons portant. C'est plus confortable, mais plus dangereux dans les accélérations de vent. Nous avons affalé la grand'voile et filons 5 noeuds, foc au bas ris dans une mer très houleuse.

Pendant son quart, Jean constate avec horreur que la vitesse augmente pour atteindre 10 noeuds et plus sous les grains; au portant à cette vitesse la moindre erreur de barre nous envoie au tapis. C'est avec appréhension qu'il surveilla le pilote auto pour être prêt à reprendre la barre en cas de problème.

Et les grains se succèdent... Dans la nuit, alors que nous portions encore les deux voiles, un grain nous les met à contre et le bateau se met à la cape. Il faut, dans des conditions de temps musclées, pas de repère, compas éteint, faire demi-tour pour faire porter les voiles, prendre de la vitesse et virer de bord... Cela se reproduira plusieurs fois à la suite de brusques sautes de vent dans les grains. 

Au fur et à mesure que la fatigue s'empile, le froid devient plus cru. Les averses de grêles se succédant, la station sur le pont devient rapidement pénible. Pieds gelés, doigts morts. Et comme il est nécessaire de faire des aller-retour entre le carré (radar, carte) et le pont pour vérifier (le passage d'un cargo, par exemple), il fait aussi froid dedans que dehors.

Je ne peux me nourrir à cause d'un début de mal de mer que l'appréhension augmente. 4 crakers, un morceau de jambon cru et un demi bol de soupe (qui d'ailleurs repartira dans l'eau) seront les seuls aliments des 30 h de navigation.

Le jour se lève enfin, les nuits de 13h sont interminables, la mer est toujours très agitée et les grains toujours présents. Je m'allonge deux heures toute habillée, le froid me réveille. Jean a une tête de déterré, il n'a pas dormi et a fait de longues stations sur le pont. Le froid est intense dans ce lever du jour, nous sommes épuisés. Un solide petit déjeuner nous requinque un peu, mais se sera de courte durée.

Dans la matinée, après une rapide discussion, nous concluons que poursuivre comme ça pendant 4 jours serait de la folie et nous décidons d'atteindre la caleta Cliff pour prendre un peu de repos.

La position GPS de cette Caleta devrait nous indiquer le chenal d'entrée. Nous n'avons pas de carte de détail, la côte est très découpée avec de faibles profondeurs. Arrivés au point, on ne distingue rien qui ressemble à un chenal. On longe la côte, pas trop près car la mer brise avec violence par endroit, puis on refait un passage dans l'autre sens avec pour conséquence de prendre maintenant la houle de travers et j'ai un mal de chien à maintenir le bateau droit.

Enfin, après un moment d'hésitation, Jean repère quelque chose qui ressemble à une entrée profonde. On approche prudemment en surveillant le sondeur et l'état de la mer pour détecter d'éventuels écueils. Pendant ce temps, nos potes explorent plus au nord.

Bingo ! l'intuition de Jean ne l'a pas trompée. C'est là !

Nous avançons, sous le soleil, sur une eau calme au milieu de centaines d'oiseaux marins, cormorans impériaux, goélands râleurs, albatros majestueux, manchots facétieux et même quelques otaries curieuses et pas farouches. Après ce que nous venons de vivre cela nous semble comme un baume à nos âmes tourmentées.

Le chenal est long de 2 milles et s'ouvre à gauche sur une baie aux dimensions respectables. Vent de S-O annoncé, on cherche la côte sous le vent. Et là, on constate comme souvent que le vent se canalise dans le sens des chenaux, cette côte là n'est pas la bonne. En fait, le côté le mieux protégé se trouve au N-O de la baie !!

On plante l'ancre dans 20 m de fond. Nous sommes hallucinés d'épuisement et courbatus au delà du possible. Après une rapide dînette, on s'effondre pour deux heures d'un sommeil lourd. Il est 14h, nous avons fait 126 milles en 24h (grâce aux grains !) et le GPS a enregistré une vitesse maximum de 18 noeuds (!!) résultat sans doute d'un surf sur la grosse houle.

Repos.

Dans la soirée, après conciliabule avec nos potes (qui eux doivent barrer jour et nuit dans le froid et sans capote pour les protéger), on se rend compte que progresser par l'océan serait téméraire et épuisant. On se résigne donc à poursuivre la route future en pénétrant dans les canaux de l'archipel des Chonos. Ce qui va allonger le temps de route d'environ trois semaines, mais tant pis, sécurité oblige.

En attendant, on s'octroie la journée de demain pour un repos nécessaire.

 

 

 

10 avril 2008 Caleta Cliff

Lever de soleil sur ciel bleu, 4° dehors. Quelques passages de grains nous rassurent sur la protection de l'endroit. Grande nouveauté depuis PENAS : entre les grains, le ciel est bleu lumineux et le soleil bien présent.
Dans l'après-midi, les otaries viennent batifoler autour du bateau et continueront tard dans la nuit. Ca dort quand ces bestiaux là ?.

11 avril 2008 Caleta Cliff vers PENINSULE TAITO

Ancre relevée, on décolle. 2 milles pour sortir. Grosse houle de S-O (3m) et pas de vent...

Toute la journée au moteur à se faire trimballer par la mer. 36 milles et quelques grains plus tard nous arrivons en vue de Pico Paico.

La mer brise violemment sur la côte sud de l'entrée. La barre est dure à tenir, la houle vient de travers, on surveille le sondeur dans les trous. Arrondir, bien arrondir pour ne pas se faire dépaler par les coups de houle et le courant.

On entre dans le fiord, large d'un demi mille et long de 3 milles. La houle s'atténue enfin. Le vent se lève (il est bien temps !) et un grain nous tombe dessus. Visi réduite pour la progression des derniers milles, entre deux montagnes. On plante l'ancre. Ouf !

  

 

Les pêcheurs, qui viennent souvent s'abriter dans cette baie (au vu des cordages qui pendouillent des arbres, ont installé un repère sur la rive : de loin on dirait un pendu, sinistre, non ?

 

 

12 avril 2008 Caleta Pico Paico

28 noeuds de sud prévus aujourd'hui. Les grains ont recommencés à 3h du matin, quelques rafales. Sous l'effet des grains, le vent fait tourner le bateau autour de la chaine. On surveille les rives, le fond a l'air de tenir malgré les violents rappels sur la chaîne, Ernest se débat, il n'aime pas être attaché quand il y a du vent dans tous les sens. Comme le vent n'est pas constant, le chauffage s'éteint sans arrêt. On va ENCORE passer une bonne journée...

 

13 avril 2008 Caleta Pico Paico vers Bahia Anna Pink

Levons l'ancre assez tôt. Avons la Bahia Anna Pink à passer réputée pour sa forte houle de S-O. Comme nous devons faire de l'ouest pour contourner la péninsule de Taitao, nous appréhendons d'avoir à lutter contre la houle. En fait,  après une nuit de vent faible, tout s'est amorti et rapidement sous foc seul, nous passons de petit largue à portant sans problème.

C'est une journée bénie, c'est une des rares fois où nous pouvons avancer sans l'appui du moteur et nous arrivons tranquillement à l'entrée des canaux de l'archipel des Chonos.

Une petite baie bien guillerette nous verra dormir comme des bébés.

Cette fois, on s'attache - cela faisait trois jours qu'on oubliait les aussières attachées aux arbres - Peu de fond un peu partout, mais l'ancre tient bien. Dans le coin droit, une cascade déverse assez d'eau pour faire tourner le bateau avant que la première amarre soit posée

14 Avril 2008 Caleta Gianin.

Ce matin, la météo chilienne prévoie du N-O 30 à 40 noeuds complètement démentie par la météo US et le ciel bleu sans nuage au-dessus de nos têtes. Nous partons et ferons toute la nav sous un ciel bleu éclatant et SANS VENT  . Ce n'est pas la première fois que nous prenons la météo parlée en défaut.

Quelques baleines au loin nous saluent de leur souffle puissant (d'ailleurs, on ne verra que ça !). La mer est plate, le temps idéal.

Ce soir, nous mouillons dans une baie du canal Abandonados que nous avons préféré au canal Pulluche. Pour y parvenir, il faut éviter les caillasses de droite puis poursuivre jusqu'au sud de la dernière île en faisant attention aux fonds, puis tourner à gauche, la routine, quoi !

 

 

15 avril 2008 Caleta Mariuca

Direction est dans le canal Abandonados pour rejoindre le canal Pulluche ; on part avec une brume à ne pas voir les rives. Et nous revoilà à zigzaguer entre les hauts fonds et les caillasses, visi réduite et cartes nulles. Aujourd'hui encore l'essentiel s'est fait à la voile. Jean se met alors à barrer et y prend un grand plaisir.

Arrivons néanmoins sans encombre dans la Caleta Esteban.

Cette large baie très peu profonde, 3-4 m à marée haute, rend impossible l'approche des rives pour s'accrocher.  L'ancre plantée dans si peu d'eau arrête le bateau violemment. Bon, ça va, le fond tient bien. Sur les bords, quelques maisons de pêcheurs.

16 Avril 2008 Caleta Esteban

Vents forts annoncés, on ne bouge pas. Dès 5h, des rafales nous réveillent. Puis les rafales se transforment en williwaws d'une force effrayante (50-60 noeuds et plus). Comme nous ne tenons que sur l'ancre, on balise un chouia d'autant que les rafales nous rabattent vers la côte. On remonte la dérive au maximum, le fond est de vase si l'on dérape, on s'échoue dans la bouillasse. Les rafales sont si fortes et les rappels sur la chaîne si violents qu'ils nous font perdre l'équilibre et nous projettent au fond du bateau. Le vent lève de mini tornades d'eau dans le bassin. Ca va durer 12h. Le mouillage tient, mais impossible de faire quoi que ce soit dans le bateau tellement on est malmenés et tellement ça hurle autour de nous.

17 avril 2008 Caleta Esteban Vers Puerto Aguirre.

Encore une nuit peuplée de cauchemars. Au petit jour, profitant de la marée, nous relevons l'ancre pour partir. En regardant le profil de la baie, on constate deux choses : 1) les rives sont basses, 2) une montagne abrupte comme un haut mur surplombe la baie. Il est clair que cette configuration a contribué à accélérer les vents.

Nous circulons maintenant dans des endroits où pullulent d'énormes fermes marines d'élevage de saumons. Ces fermes ont été initiées par des fonds japonais et économiquement parlant doivent remplacer avantageusement le manque à gagner des moules infestées par la marée rouge que l'on ne peut plus récolter depuis 20 ans. Par contre, le nombre de fermes, en expansion exponentielle, ne va pas manquer de perturber un équilibre écologique déjà bien fragile. Quand l'homme arrivera-t-il à maîtriser ses envies dans le respect de son environnement ?

Nous étions partis avec la marée montante qui normalement porte au nord et avons eu du courant contraire jusqu'aux abords de Puerto Aguirre. Vas y comprendre quelque chose ! Heureusement nous n'avions que 15 milles à faire aujourd'hui car nous sommes crevés.

La Caleta est facile d'accès par un chenal situé entre une petite île et l'île principale et on s'amarre très près des arbres par deux aussières à l'arrière. Nous trouvons quand même l'énergie pour descendre à terre et voir ce village qui ressemble beaucoup à Puerto Eden. Sauf qu'en grattant un peu, on s'aperçoit qu'il est beaucoup plus grand, beaucoup plus affairé, qu'il y a des chemins de terre empierrés de coquillages (encoquillés ?) et donc il y a des voitures, mais pas d'internet, ni de banque. Ca s'améliore quand même, non ?

Le soir, on se régale d'une salade de tomates fraîches ; depuis le temps que nous étions au régime riz-pâtes ! Plaisir simple. Et en plus, grand soleil toute la journée.

On remarque que le cimetière est situé sur la petite île d'en face, ici les corbillards naviguent sur l'eau

Passé Penas, il semble que le climat change. Les dépressions passent plus vite et on passe d'une journée très ventée à une journée sans vent tout de suite après. Dans le sud les passages de dépressions peuvent durer plusieurs jours.

18 avril 2008 Puerto Aguirre

Le mauvais temps arrive. Gros nuages chargés de pluie qui crépite sur le pont. Pas de rafales. Passons la journée enfermés (une de plus !) mais sans angoisse, le vent semble bien orienté et les amarres jouent leur rôle sans se fouler. Le soir,  arrivent deux bateaux de pêche venus se mettre à l'abri, deux aussières à l'arrière. Comme eux connaissent bien le coin, on s'attend à être secoués. Vers 20 h, un orage est sur nous avec éclairs et roulements de tambour, ça nous surprend car dans le sud on ne voyait que le vent, les rafales et la pluie mais pas d'orage, pas d'éclair et pas de tonnerre...

19 avril 2008 Puerto Aguirre vers Caleta Arboles Expectrales

Avons un peu de mal a réveiller les pêcheurs, dont le bateau très proche nous empêche de partir. Jean bout en faisant les 100 pas sur le pont. Gérard, descendu à terre entre temps leur détache vite fait les amarres, ça les fait enfin bouger !

Nous partons par le canal Ferronave puis traversons le canal Moraleda pour atteindre le canal Perez Sur. Nous avions pensé nous arrêter dans une baie à l'entrée de Perez Sur, mais ça allait si bien que nous poursuivons la route.

  

Quelques bateaux rapides nous doublent en nous faisant de grands signes joyeux, suivis de près par un bateau de pêche tirant une ribambelles de barques habitées. Au sud de Penas, quand on croise 1 bateau en 15 jours c'est qu'il y a du traffic ! Ici ça change du tout au tout, on se rapproche de la civilisation...

Donc, ciel bleu, courant favorable, peu de vent, nous arrivons à la Caleta Arboles Expectrales accueillis par une famille d'otaries qui tournent autour du bateau sans peur.

 

  

 

Nous avons une nuit claire, le ciel rempli d'étoiles et la pleine lune. Un front nous passe dessus au matin, sans durer..

 

 

 

20 avril 2008 Puerto Aguirre

  

7h, on lève l'ancre. Toute la journée sous un ciel d'un bleu azur avec courant et vent dans le bon sens ! On marche à 6 noeuds dans le dédale du canal Perez Sur.

A certains endroits, plusieurs courants se rencontrent provoquant tourbillons dans lesquels il est nécessaire de tenir la barre solidement, mais rien à voir avec Acwalisnan et Tortuoso !

Au départ du mouillage, nous devions passer dans un rétrécissement entre un phare et la côte. Dans les tourbillons la vitesse chute à 2,5 noeuds. Au loin un bateau vient vers nous. Jumelles sur le nez, on s'aperçoit qu'il traîne une énorme ferme marine derrière lui. A la VHF, il nous demande de serrer la côte au maximum car il est peu manoeuvrant. Echanges de civilités, on oblique notre route, on se croise dans cet étroit passage en se saluant, lui du klaxon, nous, les bras en sémaphore. Derrière tout ce train, une troupe de dauphins de Commerson s'agite joyeusement dans les remous.

La suite sera divine, sous foc, aidés par un léger vent de sud, nous arriverons dans le mouillage à 13h sous ciel bleu et grand soleil. On revit.

21 avril 2008 Caleta Valverde.

Levons l'ancre sous un ciel bleu azur et sans vent.

27 milles à parcourir jusqu'à Puerto Melinka, porte d'entrée du Golfe de Corcovado.

 

  

On plante l'ancre au milieu d'un va et vient de bateaux de pêche. Ce mouvement incessant m'étourdit après 2 mois de solitude profonde.

On reste là sans vraiment se reposer jusqu'à 20h30, heure de la renverse de marée car il faut partir au montant.

 

 

 

21 - 22 avril Nuit.

La nuit s'étire dans Corcovado d'abord au moteur puis sous voiles, aidés par la marée. Vent faible de S-W

Vers 6h du matin, on roule bien, le premier point de chute prévu est ignoré (Quellon) et on pousse jusqu'au suivant. Superbe lever de soleil sur la partie continentale. Le paysage a beaucoup changé : collines verdoyantes, prairies où paissent les vaches.

 

  

 

 

Beaucoup de fermes marines (surtout dans les mouillages.). Ici, culture d'huîtres.

 

 

 

22 avril 2008 Caleta HUECHUEN

13h30 Plantons l'ancre dans 12 m d'eau. Ici le marnage est important vu la gigantesque quantité d'eau qui arrive de la boca del Guafo au sud de Chiloe à marée montante.

Deux énormes salmonera à l'entrée de la baie, un traffic important de bateaux qui viennent prendre livraison des poissons arrivés à maturité. Passons une nuit tranquille.

23 avril 2008 - Isla MECHUQUE

 

  

Comme l'anticyclone nous protège toujours, on repart. On a tous hâte d'arriver à Puerto Montt. Encore un stop sur l'île Mechuque. Petit village sur pilotis ravissant, maisons évoquant la savoie toutes de bois verni, bien entretenue, population charmante.

Nuit réparatrice.

 

 

 

24 avril 2008 - Isla GUAR

La suite fut facile, encore un arrêt  sur l'isla Guar, puis arrivée sur Puerto Montt au Club Nautico Reloncavi (la moins chère des trois marinas) et la mieux équipée.

A noter qu'avec toutes les salmoneras aux alentours, on trouve du saumon frais et fumé à des prix défiant toute concurrence, on va faire une cure...

FIN DE LA PATAGONIE

 

QUELQUES REMARQUES POUR CEUX TENTES PAR LA PATAGONIE

- La route est-ouest, comme on l'aura vu, est plus dure que la route ouest-est. Les vents dominants sont d'ouest.

- Avoir un moteur suffisamment puissant pour avancer dans le clapot et qu'il soit aussi en excellent état.

- Prévoir TOUTES les pièces de rechanges possibles, car passé Mar del Plata, on ne trouve PLUS RIEN

- Prévoir des piles rechargeables (et un chargeur) car le froid les décharge à toute vitesse.

- L'eau potable n'est pas un problème car avec ce qu'il tombe du ciel, c'est facile de refaire les pleins

- Comme on ne manque pas d'eau, avoir en suffisance des légumes secs pour varier les menus.

- Se procurer un piège à crabes, ça donne bien en Centollas et en tourteaux.

- Se munir de lait en poudre, au moins 3 kilos pour les boissons chaudes reconstituantes, béchamels, et autres quiches.

- Avoir un jambon fumé à bord, pour l'apport de protéines. Se conserve très bien à température ambiante pendant 6 mois.

- Prévoir des doubles vitrages pour éviter la condensation.

- Avoir un chauffage à bord (évident !)

- Avoir au moins deux aussières flottantes de 100 m solides pour s'attacher aux arbres.

- Se rappeler que le vent s'oriente dans le sens des fiords et des vallées (celle d'une petite rivière par exemple) et qu'il peut être très différent de celui annoncé, en force et en direction, suivant la structure orographique de la baie.

- Ne pas trop se fier à la météo parlée chilienne, et avoir d'autres sources de prévision, fax, spots, grib files.

- Supporter le bruit du vent et aimer la solitude...