Sud-Ouest Argentin

L'impressionnant tronc d'un alerce

 

 

Première ballade dans le pays

11 Mars 2007 - 12h30 du matin.

Harnachés de nos sacs à dos et munis de deux sandwiches , nous nous dirigeons vers Retiro, le terminal des bus de Buenos-Aires. La compagnie de bus nous a vendu deux billets pour Bariloche, 22 heures de voyage - fauteuils couchettes - diner et petit-déjeuner prévus, bon.

A Retiro, c'est plutôt le bazar, tableaux d'affichage arrivée-départ comme dans les aéroports mais aucune indication de notre bus. Ca s'est affiché 3mn avant le départ, on était un peu sur les dents. Bon, on monte dans l'engin. Fauteuils confortables, vue panoramique (nous sommes à l'étage), on se détend doucement en se réjouissant de partir. A l'entrée dans le bus, un steward nous a remis un plateau en polystyrène avec quelques sandwiches salés-sucrés... On s'est demandé si ce ne serait pas, par hasard le dîner, jusqu'à 21h  où là, le bus s'est arrêté - 30 mn d'arrêt pour manger dans un restauroute - et re-départ. Les sandwiches, c'était juste pour se caler une petite faim, les argentins mangent tout le temps !

Je vous passe la soirée, assommés par TROIS FILMS en espagnol dont le dernier en arabe sous-titré avec volume maximum et je vous passe la nuit à essayer de se tordre dans tous les sens pour trouver une position pour dormir, les fauteuils s'inclinent correctement, par contre les pieds dans le vide, moi j'arrive pas à dormir.

6h du matin, il fait encore nuit, le bus s'arrête, tout le monde descend pour le petit-déjeuner. Brrr, il fait froid, 12/15 degrés qui vous tombent dessus quand on a fait deux ans à plus de 30°...

Après un bon café et deux média-lunas (croissants locaux), on repart pour les trois dernières heures de route.

Le jour se lève et le décor apparaît  doucement. Hier, c'était les plaines de la pampa, ce matin ce sont des collines, puis des montagnes qui se dessinent dans le jour naissant. Et c'est un vrai choc de découvrir les premiers contreforts de la Cordillère des Andes, un choc d'espace, un choc de beauté, un choc de nature sauvage. Les km défilent et le spectacle nous fait oublier la longueur du trajet.

BARILOCHE                            

                                                                           Terminal des bus de Bariloche      

Terminal des bus de Bariloche, 10h.

Je téléphone (en espagnol, s'il vous plait) à une adresse que m'avait laissée Danielle du bateau JIPDAN qui sont nos voisins d'amarres à Tigre Sailing. Chambre réservée chez Elisa Cuevas, nous voilà partis le plan de la ville en main.

Arrivés là, nous faisons la connaissance de la famille Cuevas qui nous a installés dans une grande pièce attenante à la maison avec tout le confort, cuisine équipée, frigo, coin toilette avec douche...et trois lits ! L'ensemble est un peu fatigué, mais c'est largement suffisant. C'est ce qu'en Argentine on appelle des casas de familias, ce sont des chambres plus ou moins bien équipées que les familles louent aux voyageurs dans leur propre maison. Plusieurs avantages à ça : le coût généralement plus bas qu'à l'hôtel, le contact avec la population et la possibilité de se faire à manger sur place. Nous, on aime bien.

Ce premier jour nous le passerons à découvrir la ville. On se croirait en Suisse. Autour du lac Nahuel Huapi les maisons et immeubles semblent sortis  du bord du lac léman, avec sommets enneigés et architecture où se mêlent la pierre et le bois.

Et même qu'il y a des propriétaires de saint-bernard qui font payer les touristes pour être pris en photo avec !

 

Bon, la ville est jolie, mais ne nous dépayse pas beaucoup.

 

 

Le lendemain, on a l'intention de visiter un peu les environs...

On apprend que le dimanche, c'est la fête à Colonia Suiza, petit village dont l'origine est évidente. Là,  on va s'empiffrer des empenadas de Suzana arrosés d'une bière artisanale épaisse et foncée et poursuivre par une ballade en forêt pour faire passer le tout.

Sortis du village, c'est sauvage et inhabité, nous sommes au ras de la montagne et on peut marcher des km sans rencontrer âme qui vive, ou sinon une chapelle de campagne perdues au milieu de nulle part ou encore une minuscule église..

 

Cet endroit a été colonisé il y a environ 200 ans et les maisons sont toujours construites comme à l'origine, avec du bois et de la peinture...

Et four à pain comme chez nous.

Le soir, nous sommes rentrés fourbus. Elisa, pour nous remonter, nous avait déposé une barquette de fraises de son jardin et deux pots de confiture maison. C'est pas gentil, çà ?

 

 

Au sud de Bariloche, il y a un endroit spécial, appelé Cerro Leones. C'est une montagne située à l'extrême Est du lac Nahuel Huapi. C'est un majestueux bastion rocheux habité  pendant plus de 8.000 ans par les aborigènes les plus anciens de la région. A travers un tunnel dans la roche à 130 m à l'intérieur de la montagne, surgit une source qui forme une petite lagune. Là, des grottes millénaires montrent des traces encore visibles de la vie de ces hommes. Pensez si cela pique notre curiosité !

Pour s'y rendre, un bus qui nous dépose au bord d'une piste. Reste 5km à faire pour y arriver...à pied. Trois gauchos descendirent en même temps que nous du bus, les mythes se perdent !

                                                                           

 

 

Les peintures rupestres sont difficiles à voir, de plus pour accéder à certaines grottes le passage est étroit et hérissé de pointes rocheuses nécessitant le port du casque de chantier sous peine de cuir chevelu éclaté. Mais l'endroit est tellement beau que la ballade vaut la peine. Ces grottes dominent la vallée, la vue embrasse les 180°du compas et on comprend pourquoi elles ont été choisies par les premiers hommes.

Bien que la famille Cuevas soit adorable, après deux jours , on reprend la route pour le sud. Direction Esquel.

 

 

ARRET A EL BOLSON

En chemin, on fait une halte à El Bolson car il s'y tient un marché. Pas de chance, nous sommes hors saison et il ne subsiste que de petits stands de bimbeloterie tenus par les descendants des hippies venus s'installer là dans les années 70.

Le marché d'El Bolson, la route pour y aller serpente de vallée en vallée et est magnifique. S'installer à droite du bus pour profiter du paysage.

 

 

 

 

ESQUEL ET LE PARC DES ALERCES

Pourquoi descendre jusqu'à Esquel, moche ville toute plate avec ces rues qui se croisent à angle droit et son absence de "centre-ville" ? Pour le Parc des Alerces bien sûr !

Ce parc, créé en 1937 pour protéger une espèce d'arbre en voie de disparition, les Alerces (seconde espèce d'arbre la plus ancienne du monde), se situe dans une vallée où se jettent quelques rios qui ont formé des lacs de montagnes navigables. Ce parc de 50km de long sur 35km de large offre une multitude de ballades de toutes difficultés : de "très encadrées" à "débrouille-toi tout seul", de "très facile" à "certificat de moniteur de haute montagne obligatoire". Bref, ça nous disait bien.

Après avoir posé notre sac chez Lydia Cuevas (oui, oui, la soeur d'Elisa de Bariloche) et munis d'un viatique nous permettant de passer la journée, nous sommes partis avec le bus local (départ 7h30 du matin depuis le terminal de bus pour deux heures de route). C'est nettement moins cher que de passer par une agence de voyage et on est plus indépendants.

Comme l'arrivée est aux pieds des montagnes, à 10h il fait encore très froid. On passe chez les gardes forestiers qui nous proposent une série de trajets compte-tenu du temps dont on dispose avec obligation de revenir se faire enregistrer une fois la ballade terminée pour des questions de sécurité et on en comprendra la raison en cours de route. Si on ne revient pas, ils envoient des gardes à cheval pour secourir les gens en difficultés.

 

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Après quelques essais-erreurs pour trouver le début du chemin choisi, nous voilà partis par un sentier qui monte, qui monte au milieu de la forêt. J'ai le bout des pieds gelé et la brume qui nous entoure de ses mains glacées n'arrange pas les choses. Heureusement le plaisir de la découverte escamote un peu le froid qui nous gagne. Le sentier est très peu balisé et il faut vraiment faire attention pour ne pas louper un repère à l'occasion d'un croisement; Nous circulons sous des voûtes de bambous géants et de troncs énormes. Peu à peu, au fur et à mesure de la montée, le temps s'éclaircit.

Quelques rencontres avec une faune d'ordinaire farouche nous fait réaliser qu'ici ils n'ont plus rien à redouter des hommes....

 

Dans une échappée de futaie, on découvre le spectacle lointain des eaux calmes d'un lagon dans lesquelles se reflètent quelques pics de la Cordillere. Puis on redescend dans une petite vallée où là, le challenge va être de traverser le torrent sans se mouiller les pieds dans l'eau glacée, ni y perdre le casse-croute avant de le manger !

 

Pour finir et après réflexion, nous sommes passés sur un tronc un peu glissant sous lequel l'eau circulait à vive allure en s'accrochant à des bouts de branches mortes en espérant qu'elles tiennent le coup. Heureusement que nous étions deux et que Jean a le bras long !

 

 

De cheminement en émerveillement, on a bouclé le parcours. Pas loin de 25km dans des chemins de chèvre où chaque buisson peut cacher un bout de nature préservée, où la faune et la flore vivent comme aux premiers matins du monde

 

Ici aussi, depuis des temps immémoriaux, des hommes ont vécus de la chasse et de la cueillette. Des grottes et des peintures rupestres l'attestent. Et je comprends aussi qu'ils aient choisi cet endroit car on ne me fera pas croire que la beauté ne participait pas aussi à leur choix de vie.

 

N'empêche, le soir on était morts et insatisfaits, quel dommage que les réalités du corps nous empêchent de poursuivre plus loin l'exploration de ce lieu.

Nous n'avions prévu qu'une journée ; or des espaces "camping sauvage" existent et nous avons regretté de ne pas avoir pris plus de temps pour explorer ce parc. Notre billet pour Puerto Madryn étant déjà payé, il fallut partir et la suite nous démontra que ce qu'il restait à voir plus loin le méritait moins bien.

Rappel : Argentine : 3 millions de km2 pour 36 millions d'habitants - France : 545.000 km2 pour 60 millions d'habitants - 6 fois la France pour moitié moins d'habitants, c'est dire l'espace dont ils disposent...

PUERTO MADRYN

Le bus du soir, qui ramenait quelques uns des employés du parc des Alerces nous ramena au terminal d'Esquel. De là nous sommes partis pour Puerto Madryn en voyage de nuit, la Pampa étant ce qu'elle est (c'est à dire ultra plate), inutile de la faire de jour et c'est toujours une nuit de gagnée à l'hôtel.

Au petit jour, malgré le fait que nous soyons hors saison, l'hôtel pas cher et confortable fût difficile à trouver. Ici, TOUT tourne autour des mammifères marins, qui ne sont là qu'en fin d'année, c'est à dire au début du printemps et en été. Donc en mars, il n'y a RIEN  à voir. Pourtant les excusions sont toujours aussi chères ainsi que l'hôtellerie et la restauration. Cherchez l'erreur. Si encore la ville avait un peu de cachet... Le seul animal marin qu'on a vu, fût un cormoran harassé, venu se réfugier sur la plage.

 

 

La péninsule de Valdès, qu'est-ce que c'est plat !

Ensuite, ce fut le retour sur Buenos-Aires, puis à bord d'Ernest.

Ca nous a pris 10 jours pour ce parcours ; si c'était à refaire nous passerions quelques jours aux Alerces et éliminerions Puerto-Madryn.

Ce voyage-ci est terminé, prochaine destination le Nord-Ouest du pays et la Bolivie.

 

A Suivre.....